Le triste visage du nouveau monde

Ça faisait longtemps que le droit international était menacé, il a été définitivement tué en Palestine occupée. Aujourd’hui, avec le Vénézuela, ce qui est mort également, peut-être définitivement, c’est la souveraineté des États.

Il n’y a plus d’États souverains. Il y a des États prédateurs et agresseurs, des États proies, des États épargnés par la géographie et les circonstances, des États en sursis, sur une liste ou qui pourront un jour être agressés dans le nouveau monde sans foi ni loi. Il y a des États capables de se défendre et de résister et il y a des États incapables d’empêcher ou de contenir des agressions.

Le critère ce n’est plus le droit, les règles, la diplomatie mais la force. Cela ne concerne pas seulement les agressions militaires, les prédations, les invasions, les annexions mais toutes les formes de coercition, d’ingérence, de pression, d’asservissement, de chantage, de sanction, de manipulation, de désinformation.

Il n’y a plus de droit international et il n’y a plus de souveraineté garantie ou protégée. Il n’y même plus le masque des principes, l’hypocrisie et les mensonges.

Génocides et interventions militaires se font désormais à visage découvert, se filment, se revendiquent fièrement. La boîte de Pandore de la sauvagerie est rouverte. Le monde est livré à la force brutale.

Les États Unis n’ont jamais cessé de fomenter des coups d’État et des changements de régime en faveur de dictateurs de droite ou pour des raisons mercantiles et de jeux de puissance. Aucun des changements qu’ils ont imposés par la force n’a abouti à une démocratie malgré les millions de morts cumulés.

On cajole bien des tyrans, y compris dans les médias français et dans la sphère d’État !

Les populistes nous abreuvent de contre-vérités. Pour eux, dans un régime totalitaire, le citoyen idéal est celui pour qui la distinction entre fait réel et fiction n’existe plus.

Un citoyen désorienté, privé de repères, pour qui le vrai et le faux deviennent interchangeables n’a plus besoin d’être convaincu par un pouvoir qui n’a plus qu’à brouiller les pistes, et rendre toute vérité relative. Quand plus rien n’est stable, la seule boussole qui reste est l’autorité elle-même ou celui qui hurle le plus fort.

Le mensonge comme système, le grotesque comme arme.

Pour un leader populiste, le mensonge n’est pas un accident mais un outil de gouvernement. Le citoyen n’est plus un acteur, il doit devenir un spectateur sidéré, submergé par un flot d’informations contradictoires.

Le pouvoir exhibe ses excès, se moque des règles et transforme la politique en théâtre permanent.

Le grotesque est une tactique. Les conflits s’emballent, les positions se radicalisent, les nuances disparaissent, la société devient un champ de tensions.

Quand une communauté ne sait plus gérer ses divisions, elle cherche une victime à sacrifier, un bouc émissaire, un symbole à abattre.

A défaut de forger des esprits capables de démêler le vrai du faux, le sérieux du grotesque, la violence sera-t-elle inéluctable ?

Nos sociétés sont en train de devenir folles et les fous ont pris le contrôle de l’asile ! (Charles Gave – économiste)

 

D’après des textes de Roger Bertozzi et Christophe Matho

 

3 thoughts on “Le triste visage du nouveau monde

  1. En furetant dans ma bibliothèque j’ai ressorti plusieurs livres qui illustrent l’évolution de notre monde depuis le milieu du 20eme siècle.
    – D’abord un livre de Sulzberger publié en 1972 sur la période 1954 – 1963 intitulé: « Les derniers des géants ». Il relate des dirigeants exceptionnels, formidables, démocrates, despotes ou lâches. Chacun a laissé derrière lui l’empreinte de ses pas. On y retrouve Kennedy, Adenauer, Khrouchtchev, Churchill et le dernier des géant De Gaulle.
    – Puis un livre de Pierre Accoce publié en 1976, intitulé: « Ces malades qui nous gouvernent ». Des présidents qui s’accrochent au pouvoir et président à la destinée d’un pays malgré leur agonie. On y découvre les dérives par la pratique de l’information médicale. Ces dirigeants ont pourtant une responsabilité vis-à-vis des autres et pas seulement d’eux-mêmes. Sont nommés Roosvelt (fantôme au moment du partage de Yalta), Pompidou, Reagan, Eltsine (infarctus et alcoolisme), Duvalier, Mitterand, Deng Xiaoping (s’accrochant à 92 ans pour diriger un pays comme la Chine).
    – Enfin un livre de Pascal de Sutter paru en 2007 et intitulé « Ces fous qui nous gouvernent ». Mitterand disait « Le pouvoir est une drogue qui rend fou quiconque y goûte ». L’auteur y nomme G.W.Bush (autiste), Berlusconi (mégalomane), Sarkozy (hyperactif maladif).
    – Aujourd’hui un palier supplémentaire a été franchi. Je dirais « ces fous qui s’amusent ». Car on ne gouverne plus. Gouverner c’est diriger à l’aide d’un gouvernail (le gouvernement). En l’espèce le gouvernail est devenu le mensonge érigé en système, le grotesque, la force. Dans cette catégorie trônent Trump mais aussi Poutine, Kim Jong…
    – Et au-dessus l’IA. Mais est-elle supérieure ou identique à ces fous qui s’amusent?
    Quel monde! Il est temps d’aller s’occuper de son jardin.

  2. En réponse à Burlevent:
    « ces fous qui s’amusent » le terme est hélas parfaitement approprié. Les gouvernants sont imbus de leur pouvoir, inconséquents, irresponsables , dictatoriaux, corrompus et ne respectent plus les règles internationales.
    « Aller s’occuper de son jardin » serait leur donner toute liberté d’agir. Il est encore temps de réagir !

  3. Bien d’accord.
    La première action c’est de voter. Un vote à près de 100% sans abstention donnerait un résultat certainement différent de celui obtenu par les sympathisants seuls, électeurs qui ne saisissent pas forcément la portée des beaux discours de propagande.
    D’où une culture suffisante pour comprendre les promesses…qui n’engagent que ceux qui les écoutent!
    Ensuite une limitation au « tout pouvoir » avant que toute manifestation ne se réprime dans le sang…

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